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François-Marie Portes publie sa thèse aux éditions du Cerf

Qui est François-Marie Portes ?

Titulaire d’une thèse de doctorat en Philosophie intitulée « Parler de « la Femme » au Moyen-Âge. Comparaison épistémologique entre corpus d’auteurs universitaires du XIIIe et XIVe siècle », il s’intéresse aux questions anthropologiques, épistémologiques (ordre des savoirs et des sciences), ainsi qu’à la Logique.

Pendant sa thèse il fut chargé de cours à l’IPC notamment « Logique et pratique du discours », « Histoire de la Philosophie médiévale » et « Études de textes en langue ancienne » ainsi que responsable pédagogique des 1ère année de Licence puis de l’ensemble du cursus Philosophie.

En juin 2019, il rejoint l’Ircom en tant que Directeur des études sur le campus de Lyon, pour y développer la licence en Humanités parcours Science politique. Il intègre également le Laborem, laboratoire de recherche de l’Ircom.

En mars 2022, il a la joie de voir sa thèse publiée aux Éditions du Cerf : « La femme au Moyen-Âge : Aristote contre l’Évangile ».

« La femme au Moyen Âge : Aristote contre l’Evangile »

Thèse François-Marie Portes

Sa thèse, « La femme au Moyen Âge : Aristote contre l’Evangile » a été publiée le 17 mars 2022 aux éditions du Cerf.

Les auteurs du moyen-âge ne sont pas misogynes. Ils ne sont pas féministes non plus. Pourtant, l’image d’un moyen-âge obscur ou idéal ne cesse de façonner les esprits, surtout concernant la femme. Une question pourtant est occultée lorsqu’il s’agit de traiter ce sujet. Celle du pourquoi. Pourquoi, alors qu’il y avait des reines et des abbesses, en est-on venu à dire dans les milieux universitaires qu’il ne fallait pas que la femme gouverne ? Pourquoi l’amitié avec la femme devient-elle une relation quasiment toxique dans la bouche de certains théologiens, alors que chez d’autres elle est la vocation originelle de l’homme ? Pourquoi la femme est-elle portée par les uns comme un exemple de vertu et par d’autres comme la pécheresse congénitale ? La plupart des historiens actuels répondent par une interprétation politique héritée des gender studies, mais ils masquent ainsi la véritable raison de cette mutation. Celle d’un bouleversement des outils d’interprétation du réel, qui va obliger les penseurs à choisir entre deux instances opposées sur la question de la femme : Aristote ou l’Évangile.

3 questions à François-Marie Portes

  • Le Moyen-Âge est une période considérée comme obscurantiste, notamment sur la question de la femme, est-ce réellement le cas ?

Le Moyen-Âge s’étend sur environ 1 000 ans. Je vous laisse imaginer le nombre de changement, notamment sur la condition féminine. Une des particularités du Moyen-Âge occidental vient du fait qu’il est chrétien. Ainsi, la réflexion sur la femme suit les évolutions et les développements théologiques qui vont s’enchaîner sur ce millénaire.

Nous vivons sur le mythe du progrès en pensant qu’aujourd’hui est forcément meilleur qu’hier. Hors, qu’il serait plus juste de considérer qu’aujourd’hui est différent d’hier.

Si nous regardons bien, le moyen-âge n’a pas écarté les femmes. En revanche elles avaient une place qui était complètement différente. Quand il est fait mention d’obscurantisme sur la femme, c’est bien souvent lié à une mauvaise compréhension du cadre épistémologique dans lequel vivait la femme moyenâgeuse. La réflexion sur la femme est déployée à partir de la foi, de la théologie, de l’Evangile et de la révélation chrétienne. Il est vrai qu’il existe une certaine obscurité puisque c’est à partir de la foi, de la théologie, de l’Evangile et de la révélation chrétienne que l’on va déployer toute une réflexion sur la femme.

  • Pourquoi peut-on dire que la place de la femme à évolué pendant cette période ?

J’ai remarqué que l’évolution la plus marquante se déroule du XIe au XIIIe siècle. Avant, les discours sur la femme se réfèrent à l’Evangile, la théologie, les pères de l’Eglise, notamment Augustin. Des médecins se font également entendre, tel que Claude Galien (NDLR : médecin grec de l’Antiquité).

A partir du XIe siècle, un auteur fait irruption dans le monde scientifique : Aristote. Sa mise en lumière fait muter toutes les conceptions sur un grand nombre de sujet, dont celui de la femme. En effet Aristote a un propos qui touche différents univers : philosophique, moral, politique et médical. Chacune des sciences essaie de récupérer Aristote en lui ménageant une place au sein de son édifice conceptuel. Prenons l’exemple de la médecine. Selon Aristote, d’un point de vue anatomique, la femme n’est pas un mâle inversé mais un mâle manqué. Ce faisant, il y a des conséquences pratiques et morales. Si la femme est un mâle manqué alors elle n’est pas prudente, tempérante, sage et est donc incapable d’enseigner, de gouverner… Or tout ceci avait été rejeté par le christianisme qui voyait l’homme et la femme comme deux être égaux en dignité, en valeurs et en capacité.

Ainsi, des paradoxes historiques voient le jour. Thomas d’Aquin écrit que la femme ne peut pas gouverner, alors même qu’il est invité à la table de Louis IX qui a confié la gouvernance du royaume à sa femme pendant ses croisades.

L’irruption de la conception aristotélicienne de l’homme et de la femme va faire voler en éclat tout un édifice conceptuel.

Ma thèse repose sur l’analyse de quatre auteurs et du comment ils intègrent Aristote. Tout d’abord Albert le Grand, un théologien dominicain. Il va essayer de tenir toutes les influences ensemble : Augustin, Paul, Aristote et Galien. Bien souvent cela amène des tensions et des incohérences. Ensuite, Thomas d’Aquin, disciple d’Albert le Grand. Il va chercher à intégrer Aristote au niveau des principes rationnels. Le Stagirite deviendra le préambule de toutes les sciences. Troisième auteur : Gilles de Rome, disciple de Thomas d’Aquin. Il va s’attacher à expliquer aux médecins qu’ils se trompent en utilisant Aristote au détriment de Galien. Enfin : Bonaventure. Il apporte une voix contrastée. Il considère que la foi doit rester au principe. Selon lui Aristote, bien que le plus brillant des philosophes, ne suffit pas pour comprendre la réalité de la Création, et se trouve relégué à un simple outil rationnel qui doit être lâché dès lors qu’il n’arrive pas à dire le réel comme la révélation le fait.

Le réel va suivre toutes ces déterminations rationnelles. A partir de ‘Parens scientiarum’, le pape va faire que tous les universitaires deviennent des clercs et ainsi aucune femme ne peut plus devenir universitaire. A partir de cet événement, elles ne peuvent plus être médecin, théologienne, philosophe ou enseignante. Elles n’ont plus accès aux études. Elles se retrouvent de facto, éloignées du pouvoir et deviennent petite à petit des « femmes d’influences » et le resteront en particulier pendant la Renaissance.

  • Cette représentation de la femme au Moyen-Âge peut-elle être aujourd’hui source d’inspiration pour le féminisme du XXIe siècle ?

Je ne suis pas favorable au fait de transposer les représentations d’une époque à une autre. En revanche, ce que j’ai découvert en travaillant cette thèse c’est qu’en fonction des principes que nous avons pour envisager le réel, nous n’avons pas le même discours sur les réalités.

Or le christianisme apporte une rationalité propre, un regard sur le réel particulièrement intéressant. Il est intervenu dans l’empire romain, où la femme était considérée comme incapable juridique, en redonnant aux femmes le statut de personne. Puisque dans le Christ il n’y a plus ni homme, ni femme, chacun peut s’affirmer comme personne à part entière. Ainsi des jeunes filles qui ne vont pas vouloir se marier, deviennent les premières « féministes ».

Au sein d’une culture des conceptions différentes apparaissent. Ainsi, de la même manière que les médiévaux ont fait un choix épistémologique pour considérer le réel, hommes et femmes du XXIe siècle doivent faire un tel choix pour établir la place de la femme.

Le féminisme d’aujourd’hui est une espèce de quête de savoir. Quels sont ses principes fondamentaux ? Il peut être intéressant de voir dans l’histoire quels ont été les principes qui ont mené à quelque chose de positif et quels sont ceux qu’il faut peut-être évacuer.

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